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13/04/2014

les Dits du Tavernicole

 

Le silence

est le fantôme en blanc

des obscurités du cri.

 

 d'autres Dits

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18/01/2014

un Requiem allemand, 1986 ou la nuit de la méduse

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                                                                                                                   collage  jlmi  2014
 


podcast
Requiem allemand de Brahms : 6 ème mouvement Denn wir haben hie keine bleibende Statt  extrait

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Depuis des années, un requiem allemand me poursuit, me hante, par son déploiement d’ailes au-dessus de la clameur, comme les gouffres, le précipice, suivent celui  qu’ils savent sujet au vertige ! Le souffle ténébreux, l’essor de son ample partition, m’élève aux horizons vides sans pensée, consolation ni promesses ! Mais pas les psaumes, le régiment des chœurs, les poupées peintes de nos paniques, ce camouflage verbalisé de notre honte et l‘hymne insomniaque, dont nous abreuvons le silence d’un dieu, mis en scène par l’espérance, notre faute la plus grande, après l’illusion puérile de durer et l’abandon de notre liberté !

 

« Un requiem humain » disait Brahms ! Et jamais depuis, l’homme n’a mieux montré jusqu’où pouvait aller, sans fin, l’horreur collective de détruire, où notre hubris fait basculer l’harmonie du monde dans un tohu-bohu criminel par sa constante cruauté et la féroce gloire de se vautrer dans l’or ! La solution finale ne fait peur à personne, même si l’on sait que l’énergie noire dévorera la matière sombre jusqu’à l’extinction totale des soleils.

 

Il fait froid, et déjà sombre, ce soir de févier 1986, quand je me présente devant les grilles cadenassées de la villa où se tint en 42 la conférence de Wannsee ; depuis la gare, d’où je suis venu à pied, la neige a effacé mes pas ; je suis seul, dans un quartier bourgeois aux volets clos, où les chiens aboient comme hurlent des loups. Mon père, quarante ans plus tôt, invité lui aussi, roulait dans une berline officielle ; on salua militairement sa visite ; le Litterarische Colloquium Berlin m’attend demain pour une lecture traduite et publiée par Hitzerroth verlag de Quoique mon cœur en gronde ;personne n’est venu à ma rencontre…

 

Maintenant, Il fait presque nuit. On ne voit pas le lac ; on le sent proche. On imagine, sur le miroir éteint de l’eau noire, la lente, la légère, l’enveloppante avalanche oblique des flocons, traversée par les derniers hérons cendrés…Le Japon venait d’entrer en guerre ! On avait trouvé un piano à queue intact dans les faubourgs en ruines de l’hiver russe ; dans le désert cyrénaïque, des cornemuseurs en kilt, tête nue devant les troupes, couvraient les mitrailleuses, comme des oies sauvages qui à grands cris retournent au pays. On respirait mal dans l’U-boot en plongée sous les mines ! On respire mal dans la mémoire ! On meurt sur les mines du Mur.

 

Ne comptez pas sur les passants ! Les plus jeunes ignorent, les plus vieux préfèrent se taire ; entre les deux, ils ne descendront pas de voiture ; quelques femmes dont mon accent allumera les yeux, peut-être, plus tard…Mais leur demander un hôtel me semble impossible ; pourtant mes souliers de ville sont trempés, mon sac est lourd et j’aimerais dormir. On dit qu’au soir de la conférence Heydrich se permit un verre de cognac en compagnie des invités et que, de la terrasse, la vue sur les jardins et le vol des grands cygnes au-dessus du Wannsee était superbes. Il n’aurait pas été étonnant, qu’émus par l’alcool et le sentiment d’une victoire, ils chantent en chœur le Horst-Wessel lied ou Alte Kamarade.

 

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24/11/2013

lettre à un vieux poète (inédit)

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                                                                                                                                       collage  jlmi 2013


cette lettre est un brouillon initial


     Tant de beautés n’ont rien pu, sauf de rester là, impuissantes, comme on veille un enfant perdu dans un rêve mauvais ou qu’on chante debout devant les portes closes d’une ville.
     Alors chante l’univers, porteur d’étoiles comme autant d’îles sur l’océan sans rivage de l’espace sombre, le nuage parfumé et piquant sur la peau de l’agrume rose de chaque aurore, et l’homme, dans l’épopée de son espèce, dont la voix, jusqu’ci est restée sans réponse, sans échos, même contre le mur admirable de la matière et les temps désertiques de l’âme.
     Le dira-t-on un jour le chant impossible ?, et qui ? parmi les enfants de nos faillites, pour le reprendre, même sans espérance ni consolation, mais seulement l’esprit de liberté, ou faudra-t-il attendre d’être morts, nous aussi, pour l’écouter enfin dans la célébration du vivant. Ce chant de tous, ce chant de tout ce que l’on tait, et au-delà de quoi personne n’a pu aller, le dira-t-on, même si l’on sait qu’on n’arrivera pas au bout, mais que le bout déjà est d’être dit ?
     La chemise mouillée de la mort colle à la peau, à la poitrine et aux épaules ; elle pèse et fait mal ; et je tremble, et je pleure , et j’ai peur, comme un chien qu’on appelle pour le battre, un cheval qui sent où le sang a coulé dans les rigoles et la poussière quand il pleut et qu’elle ne peut pas danser dans l’air ; comme un ver se tortille sur un désert de pierres, il est dur et difficile d’ôter   les hautes bottes des ténèbres, et long de déplacer  l’étroite bande molletière des pensées, pour marcher, pieds nus et libre, dans les premières vagues océaniques et stimulantes d e l’âme, et partager   l’épisode venteux venu de loin habiter dans les arbres, où font escale la lune, le soleil et beaucoup d’oiseaux migrateurs.
    Alors chante le monde, donneur d’images et de sons aux neurones dans la profonde nuit crânienne ; aux pixels comme aux ondes dans les royaumes fantomatiques des écrans et des antennes ; mensonges non voulus par la mémoire qui flânent, fanent et s’effacent parmi les songes sans couleurs, et qu’on brûle, avec les fanes du crépuscule, à chaque automne précipité de la lumière en bordure des jardins où sont posés les   ?  éparpillés de la musique des astres. Les portes closes de la ville sont tes paupières et ta pensée ; le mauvais rêve, celui de tes peurs et de l’angoisse qui te poursuit d’ignorer tout des chemins de ta venue et tout de ton exode d’exilé sans retour ; car s’il y a des chemins, ils se sont perdus ; et s’il n’y en a pas, comment et où aller, pour quoi faire si ce n’est de suivre ce monde où jamais rien ne reste immobile ni à soi. Chercher un sens est affaire de jeunes. Les vieux savent qu’il n’y en a pas, à part de cultiver le goût de la louange de ce qu’il y a et que le vide ne nous a pas encore pris.

    Chante la ville sans nom, qui désormais coiffe la terre de béton, de fer et de verre, et dont au pied des tours on ne voit plus le cercle d’horizon, ni au sommet le dôme à l’orbe sans obstacles d’un ciel inhabité, ou la nuit la voûte constellée sous un voile de lumières électriques et de mauvaises haleines ; chante la ville où sont parqués les peuples, et chante l’espace interdit où, comme le fut aux poissons la sortie des eaux amères, les matières de l’âme prendront possession des territoires sauvages et inconnus du beau, et feront cause commune avec le songe dont ils furent chassés par l’appât du factice, le mâle et la femelle de l’ordinaire mal.

    Chante, bien que le poème ne puisse pas grand-chose contre la férocité, la haine naturelles, l’indifférence de l’innombrable, la lâcheté des dieux et des hommes, quand on massacre et laisse mourir des enfants ; à peine l’art et le poème peuvent-ils se montrer où personne ne les attend, où ne demeure plus rien d’autre et où, sans doute, leur rencontre s’avère le dernier sursaut, l’ultime sursis, lorsque la simple jouissance du mystère n’a plus sa place parmi les solitudes fraternelles ; et je regarde avec horreur le travail de la fourmi, des termites et du ver dont la voracité ne laisse que des os, dont se repaît aussitôt la tombe creuse des écrits qu’habillait de bois rares, de velours, de glands tissés, de dentelles et d’armes brodées  le catafalque de nos corps. La bergerie laineuse des caresses, sa transhumance dans le bruit des sabots sur la route pierreuse, la manade encocardée des désirs en chemin vers l’arène, le troupeau des pensées à la libre crinière, les mufles humides du songe ruminant et le sexe encorné du plus noir des taureaux, même la meute de loups aux dents de lune n’y feront rien. Nous marchons  sur des morts oubliés, nous broutons l’herbe jaunie des aïeux, la repousse, sous nos pieds, de l’herbe tendre vient de nos pères et mères qui déjà jettent aux vents nos semences saisonnières. Nul besoin de rappeler que le moteur et l’énergie sont nos bâtons de pèlerins, les moulins à vent, des moulins à lumière et la besace des galaxies, le chapelet décrypté du génome. Aussi, du lymphe salé de la mer qui encorsette encore nos muscles, du placenta et du plancton laissés loin derrière  la houle du ventre et du phlegme brumeux de l’aube, fille de la nuit aux aréoles géantes et du matin à la verge abondante d’étalon, je te salue, poème !

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00:49 Publié dans inédits | Lien permanent | Commentaires (1)

15/02/2013

IN ANGULO CUM LIBRO (inédit)

dans un coin avec un livre ou pendant le massacre, les travaux continuent

 

Lecteur_-_statuette_pierre wikimedia common.jpg
lecteur de pierre           source wikimedia common



« Il écrivait des vers et avait le bon goût de le faire
comme quelqu’un qui établit des factures »
                                                                Retour dans les nuages
                                                                               Robert  Walser


extrait I


le sel

est dans les plis

de la peau du marin

 

le charbon

est dans les plis

de la peau du mineur

 

le poème

est dans les plis

du frisson de la peau

 

dont l’âme

est la matière fragile

 

*

 

je sens

l’instant éternel

des siècles incréés

 

la poussée

d’un printemps

sans été

 

les rizières

dans la lumière crue

 

du riz

dans les étoiles nues

 

rien

que le temps

puisse m’expliquer

 

*

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